Service national/militaire

Qu’est-ce-que le « service national à durée indéterminée » ?

Le service national à durée indéterminée est entré en vigueur en mai 2002, près de deux ans après la fin du conflit frontalier avec l’Ethiopie. Le service national comprend deux programmes : le service civil et le service militaire. Aujourd’hui, tous les hommes et femmes âgés de 18 à 55 ans sont obligés de rejoindre les rangs du service national pour une durée indéterminée, ce qui signifie que toute personne physiquement apte entre dans les programmes sans avoir possibilité de le quitter jusqu’à l’âge de 55 ans. Récemment, les seniors âgés de 55 à 70 ans sont aussi forcés à suivre un entraînement militaire dans des zones éloignées.

A l'âge de 16, 17 ans, les adolescents reçoivent une lettre des autorités les informant qu'ils doivent terminer leur cursus scolaire obligatoire dans l'un des camps militaires. Souvent ils sont emmenés dans la ville de Sawa. La température moyenne de Sawa est de 45 °. Pendant 12 mois, les filles et garçons reçoivent une formation militaire éprouvante. Dans ce contexte militaire, un grand nombre d'adolescents ont signalé des violations des droits de l'homme tels que des coups, des punitions inhumaines et dégradantes, de la torture, des exécutions extra-judiciaires, de la violence sexuelle qui ont entraîné des grossesses non désirées.

Il n’existe aucun moyen de recourir aux violations exercées dans le cadre du service militaire. Les conscrits craignent le système judiciaire. Selon le premier rapport de la Commission d'enquête de l'ONU, des officiers militaires, sans formation juridique, sont nommés juges par le Président à la Cour Spéciale de l'Érythrée. Cette Cour Spéciale a le pouvoir d'annuler et de réouvrir des décisions prises par d'autres cours.

Les adolescents victimes d'abus se retrouvent ainsi sans aucune voie juridique protégeant leurs droits et leur intégrité.
Après 12 mois au sein du camp militaire de Sawa, les autorités érythréennes déterminent l’avenir de chaque adolescent, à savoir si elle/s’il :
• continuera ou non un cursus académique ;
• accomplira son service national dans une entreprise gérée par l’Etat. Ce groupe de personnes n’accèdera généralement pas à des formations professionnelles ou à une éducation académique ; ou
• accomplira son service militaire (entraînements et préparations militaires diverses) et même si elle/il le demande, ne jouira pas d'une vie civile, ni n’accèdera à des formations professionnelles ou à une éducation académique.
Selon le site internet Madote, en 2016, le salaire des conscrits est passé de 500 à 2000 Nakfa (CHF 130.-) pour les nouvelles recrues et à 3500 Nakfa pour les diplômés de collèges. Les personnes vivant dans le pays continuent de signaler une frustration générale liée à ce salaire. Il demeure insuffisant pour couvrir leurs besoins fondamentaux. À titre d'illustration, la location d'une chambre individuelle dans la capitale oscille entre 900 Nakfta et 1200 Nakfa. Les prix au marché alimentaire sont élevés. Beaucoup de familles dépendent ainsi de l'argent envoyé par leurs proches à l'étranger. Les derniers chiffres concernant le taux d’inflation que la Banque mondiale a rapporté concernent les années entre 2010-2012. Le taux était alors de 13%. Depuis lors, les sites économiques, comme Knoema, rapportent un taux d'inflation de 9%.
Les demandes de congé dépendent des supérieurs militaires qui souvent les refusent de façon arbitraire. La Commission d’enquête de l’ONU relève : "le déni de congé pendant plusieurs années et les restrictions imposées aux conscrits pour communiquer avec des proches résultant d'un manque de contact avec la famille constituent des restrictions qui ne sont pas proportionnelles, raisonnables et nécessaires pour l'intérêt de la défense nationale. La Commission constate que ces restrictions constituent une violation du droit des conscrits à la vie privée et à la vie familiale.”* Le gouvernement d'Érythrée considère ces programmes comme un projet de réunification et de construction nationale. Les autorités érythréennes jugent la fuite des conscrits d’infraction. Ainsi, toute personne fuyant le pays au cours de son service national est considérée comme « traître ».

Source : A/HRC/29/CRP.1 Page 408 para. 1394
Grand nombre de conscrits sont assignés à des bases militaires où ils effectuent des entraînements militaires intensifs pour une durée indéterminée. Lorsque les conscrits ne sont pas assignés à une base militaire, ils accomplissent du travail forcé. Généralement au sein d'entreprises étrangères dans le secteur minier, dans la construction d'infrastructures, de maisons privées. Les conscrits rapportent régulièrement que le travail dans le service militaire est éprouvant sur le plan physique, qu'il est inhumain et dégradant.

Finalement, dans le domaine civil de ce service national, les conscrits occupent des postes dans l'éducation, la santé, dans des bureaux administratifs ou des entreprises gérées par l’Etat.


Beaucoup de conscrits souhaitant suivre un parcours académique sont souvent forcés à construire des maisons ou à travailler dans des champs.