The Economist: Où la censure est-elle la plus oppressive?

The Economist interroge des personnes sur la question de la censure dans le monde. La censure en Erythrée touche en effet de plein fouet les journalistes, mais elle affecte aussi la population dans sa globalité qui se livre à de l’autocensure dans la plupart des aspects de sa vie.

Média
Depuis 2001, tous les médias indépendants sont fermés et les journalistes sont emprisonnés sans procès et pour des durées indéterminées. Selon la Proclamation n° 90/1996, seuls les journalistes autorisés par le Ministre de l’Information ont la permission de s’engager dans des activités liées à la presse. Toute personne se présentant comme journaliste sans être enregistrée auprès des autorités est passible d’emprisonnement de 6 à 12 mois ou d’une amende de USD 1000 à USD 2000.

Internet
Le deuxième point relevé par The Economist consiste en l’accès à l’internet. Voici quelques statistiques relevés par Bloomberg Businessweek :

– Les érythréens accomplissant leur service national ne sont pas autorisés à posséder un téléphone portable ;
– Les clients souhaitant accéder à un abonnement mobile doivent payer au moins USD 46;
– Une heure dans un internet café coûte USD 1.34 (7 miches de pain).

Ces statistiques démontrent l’inaccessibilité de l’internet liée d’une part au statut des conscrits et, d’autre part, à la précarité de la population qui principalement lutte pour se nourrir et couvrir ses autres besoins vitaux. A titre d’information, le salaire moyen est d’environ 2000 Nakfa (environ USD 130) et les loyers pour une chambre individuelle à Asmara oscille généralement entre 900 et 1200 Nakfa.

Système de surveillance de masse
Un dernier aspect de la censure qui n’a pas été abordé dans la vidéo repose sur le système de surveillance mis en place par les autorités érythréennes. Un réseau d’agents cible des individus autant à l’intérieur du pays que dans la diaspora. Cette surveillance de masse crée un climat de peur constante auprès de la population civile érythréenne qui craint de façon permanente que sa conduite soit mise sous surveillance et qu’elle soit retenue contre eux. Les individus s’engagent ainsi à de l’autocensure dans la plupart des aspects de leurs vies, comme indiqué par la Commission d’enquête de l’ONU sur l’Erythree.

Cette Commission a conclu que la pratique de surveillance de masse constitue non seulement une violation au droit à la vie privée mais elle restreint aussi de façon considérable les libertés fondamentales telles que celles relatives à l’expression, au mouvement, à l’association et à l’assemblée.

Coupons
Ces dernières années une nouvelle mesure d’intimidation a été mise en place par le gouvernement. Elle consiste à une distribution plus restreinte de coupons. Initialement, les coupons permettent aux familles d’accéder à des biens de nécessité dans les magasins subventionnés par l’Etat.

La fuite d’un membre de la famille, ou des critiques émises vis-à-vis du gouvernement par un membre de famille vivant dans la diaspora peut engendrer une réduction drastique et immédiate du nombre de coupons donnés aux familles. Ce sont en général les mères de familles, dont les maris ont déserté ou sont absents à cause du service national, qui sont affectées par cette pratique.

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The Economist a donc, à juste titre, relevé la censure à l’égard des journalistes. Mais, il convient de rappeler que cette censure s’étend à un groupe bien plus large, puisqu’il affecte la liberté et le développement personnel de chaque individu à l’intérieur du pays.