Prisonnier politique : Première apparition publique du Patriarche Abune Antonios

Selon Arbi Harnet, un groupe de militants clandestins en Erythrée, sa Sainteté Abune Antonios, Patriarche de l’Eglise Orthodoxe érythréenne a assisté à une célébration religieuse le dimanche 16 juillet 2017. Cela faisait plus de onze ans que le Patriarche avait été destitué par les autorités érythréennes et assigné à résidence dans un lieu tenu secret, sans avoir de contact avec l’extérieur et sans accès à des traitements médicaux malgré ses problèmes de diabète.

Sa Sainteté Abune Antonios aurait assisté à une célébration de masse au sein de l’Eglise Sainte-Marie à Asmara. Pendant le service, un diacre a procédé à une annonce évoquant le but de l’événement : la réconciliation du comité au sein de l’église. L’allocution a aussi indiqué que le Patriarche était souffrant et qu’il ne pouvait ainsi pas s’adresser à la congrégation. Cette allocution a ensuite relevé la raison de son incarcération, à savoir « ses enseignements hérétiques et le surpassement de son autorité en tant que patriarche ».

A la fin de cette célébration, les prêtres ont dû insister à plusieurs reprises à ce que les fidèles quittent l’église, et plus particulièrement les mères qui ne souhaitaient plus retourner chez elles. Plusieurs personnes au sein de l’église ont rapporté la présence d’agents de renseignements en tenue civile. Ces derniers empêchaient les fidèles de prendre des photos ou des vidéos. Les membres de Arbi Harnet ont tout de même pu enregistrer ce fichier audio (en Tigrinya).

IFE voit cette nouvelle comme un début positif. Néanmoins, aucune information n’a été communiquée quant aux termes de la libération du Patriarche. Après une longue décennie d’isolement, sa santé mentale et physique reste une source d’inquiétude importante.

Cette même inquiétude s’étend aux milliers de prisonniers politiques, objecteurs de consciences et autres civils innocents qui languissent en prison depuis des années parfois sans connaître la raison de leur emprisonnement. Il convient de rappeler que la très grande majorité des prisonniers n’ont jamais eu le droit de se présenter devant un tribunal ou de même accéder à un avocat. Aussi, leurs familles sont rarement informées du lieu de leur détention ou même de leurs conditions de santé.

L’insistance pour le respect des droits humains de la Suisse, de la France, de l’Union européenne, d’autres Etats membres et des Nations Unies ont ainsi toute leur importance dans la question politique érythréenne, sans quoi cette libération n’aurait probablement pas été possible. Il est donc indispensable qu’une attention particulière soit portée sur le pays, sur les violations des libertés fondamentales de sa population civile et sur la condition des milliers de prisonniers.

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Historique

2004 : le Patriarche Antonios émet des critiques concernant l’interférence croissante et anticonstitutionnelle du gouvernement érythréen dans les affaires religieuses. Il refuse de destituer 3 prêtres et rejette également l’excommunication de 3’000 paroissiens qui s’opposaient au gouvernement.

Août 2005 : les autorités érythréennes destitue sa Sainteté Abune Antonios qui était à la tête du plus grand groupe religieux du pays en le remplaçant par l’évêque Dioscoros.

Janvier 2007 : Confiscation par les autorités érythréennes des insignes pontificales personnelles du Patriarche Antonios.

Mai 2007 : Retrait de sa résidence et détention du Patriarche dans un lieu tenu secret.

12 juillet 2017 : 90anniversaire de sa Sainteté Antonios.

16 juillet 2017 : Première apparition publique depuis sa détention en 2007.