Comment les deux banques suisses peuvent-elles rectifier leurs positions?

En 2011, l’entreprise canadienne Nevsun et l’entreprise étatique ENAMCO (Eritrean National Mining Corporation) se sont associées dans un premier temps dans l’extraction et dans la production d’or, puis dans celle du charbon et du zinc  au nord de l’Erythree dans la mine de Bisha.

Selon les réserves actuelles, la production pourrait continuer jusqu’en 2025 mais de plus amples explorations pourraient étendre cette production pour une plus longue période.

Nevsun a relevé que, dans les cinq premières années, l’entreprise canadienne pourrait contribuer à hauteur de USD 800 millions de revenus par le biais d’impôts versés, de redevances et de retours sur investissements. Selon le site internet de Tesfanews, la mine de Bisha a généré plus de 2,4 milliards de revenus dont 1.2 milliards sont directement attribués à l’économie érythréenne.

Les banques suisses doivent s’immiscer dans les affaires courantes de Nevsun

Dans un article publié par la RTS, la BNS a indiqué :« ne pas s’immiscer dans les affaires courantes des entreprises » mais elle indique aussi « appliquer des critères éthiques d’exclusion très clairs », pour des questions relevant notamment de « violation massive des droits humains fondamentaux ».

Quelles sont donc ses critères éthiques d’exclusion? La BNS a-t-elle pris en compte la situation notable des violations massives des droits humains fondamentaux en Erythrée tels que les abus actuels ci-dessous ?

Utilisation du travail forcé par des individus enrôlés au service militaire. Les conditions de travail sont inhumaines. Dans son dernier rapport, la Rapporteuse Spéciale de l’ONU a souligné que le tribunal canadien allait donner suite à l’action en justice entamée par six anciens travailleurs de la mine de Bisha . D’anciens conscrits ont expliqué au journal the Guardian : « La vie a été très dure ». La température était de 38C ou 40C. Nous n’avions jamais l’estomac plein. Mon travail était constant. » Un autre travailleur explique « qu’il travaillait à Bisha en tant qu’administrateur pendant cinq ans, travaillant six jours et demi par semaine, ne nourrissait que de bouillons de lentilles et de pain et il était payé 28 $ par mois. » Il a dévoré ma jeunesse ».

Aucun budget national n’a été publié. Depuis l’indépendance du pays, aucun rapport sur les revenus et dépenses de l’Etat n’a été publié. Aussi, depuis le début des activités minières en 2011, personne ne sait ce qu’il advient des importantes sommes d’argent générées par l’exploitation minière. Des pénuries importantes d’eau, d’électricité, de médicaments et d’autres biens de premières nécessités sont observées dans l’ensemble du pays (y compris dans la capitale).

Monopole des entreprises affiliées au parti unique. Les entreprises affiliées au parti unique décrochent toutes les affaires. Elles utilisent le travail forcé comme main d’œuvre.

Système judiciaire sous les ordres du Président et des généraux. Malgré le contexte abusif, les travailleurs n’ont aucun moyen de recourir à la justice même s’ils souhaitent formuler de légitimes doléances.

Constitution du pays reste inappliquée. Il n’existe aucun cadre légal solide rendant le gouvernement responsable des violations commises. Il n’existe pas non plus d’équilibre des pouvoirs entre le parti unique (PFDJ) et le gouvernement.

Il convient de relever que les principales raisons pour lesquelles les érythréens quittent leur pays aujourd’hui reposent sur l’absence d’état de droit et les nombreuses et graves violences qui en découlent.

Comment les banques suisses peuvent-elles rectifier leurs positions ?

En cette ère de transformation des consciences et de responsabilité sociale des entreprises, IFE invite les deux banques suisses à prendre en considération la dernière résolution de l’ONU concernant la situation en Erythrée où elle :

« Encourage les entreprises à appliquer de façon appropriée une procédure d’audit préalable en matière de droits de l’homme pour identifier leurs incidences sur ces droits, prévenir ces incidences et en atténuer les effets, et rendre compte de la manière dont elles y remédient, notamment s’agissant des allégations concernant les conscrits astreints au travail forcé»

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En conclusion, il est capital que les banques suisses ne contribuent en aucune manière à la souffrance physique et mentale ainsi qu’à l’impuissance de la population érythréenne face à ses autorités. Les critères éthiques d’exclusions des banques doivent être appliqués aussi longtemps que les conscrits sont forcés de travailler dans des conditions dégradantes, où le simple fait de s’opposer à ce système, allant à l’encontre de toute dignité humaine, leur vaut l’emprisonnement voire pire. Bien que l’intérêt des entreprises est « purement financier », comme déclaré par la BNS, il en va aussi de leur intérêt d’avoir un rôle dissuasif vis-à-vis des Etats autoritaires tels que l’Erythrée en vue d’assurer un environnement d’affaires stable à long terme et surtout respectueux de la main d’œuvre en charge de l’ensemble des opérations.