Une enquête internationale

Dans une conversation téléphonique avec le journaliste néerlandais Wim Brummelman, les activistes dans le pays ont demandé cette semaine à ce que la communauté internationale procède à une enquête internationale suite aux événements du 31 octobre 2017. En effet, et comme l’ont montrées les vidéos partagées dans les réseaux sociaux, la réaction des autorités érythréennes face à cette manifestation a été disproportionnée et troublante au vu des nombreux coups de feu tirés en plein jour au centre d’Asmara, alors qu’il s’agissait d’une manifestation pacifique d’adolescents. Heureusement, les forces de sécurité ont refusé de tirer sur les civils. Néanmoins, les jours qui ont suivi cet événement, de nombreuses personnes ont été détenues illégalement, puis torturées, y compris des femmes et des enfants.

Il convient de revenir sur les raisons qui poussent les activistes à demander une enquête.

  1. Dans un premier temps, et sans prendre en compte la composition pluriconfessionnelle du pays, le gouvernement érythréen a outrepassé son pouvoir en imposant une politique d’éducation nationale laïque. L’assemblée nationale du pays qui a été démantelé par le Président lui-même n’est plus en fonction et depuis aucune loi n’a été promulguée.
  2. Ensuite, le gouvernement ordonne la fermeture immédiate de toutes les écoles privées du pays sans prendre en considération que plusieurs de ces écoles représentent un patrimoine culturel considérable auquel les communautés sont fortement attachées. Souvent, ce sont les communautés elles-mêmes qui ont financé et construit les bâtiments en question. Mais au-delà, de la question matérielle, une question historique se pose également, et notamment pour l’école musulmane Diaa qui a près de 50 ans.
  3. La question des droits et libertés de civils revient sur la table. Le droit à la population de prendre part aux affaires publiques du pays, le droit aux parents de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants, le droit à la liberté d’expression, etc.
  4. Il convient aussi de rappeler la dépravation de la liberté du directeur nonagénaire, Haji Mussa qui demeure en détention. Tout comme le Patriarche Abune Antonio, lui aussi nonagénaire. Ni l’un, ni l’autre ne paraîtra évidemment pas devant les tribunaux. Alors qu’ils ne faisaient rappeler les actions anticonstitutionnelles du gouvernement suite à son interférence dans les affaires religieuses.

Ces événements démontrent de façon particulièrement explicite la non-conformité du gouvernement érythréen aux principes élémentaires de l’Etat de droit.

Toutefois, la Suisse a un rôle instrumental à jouer au vu des relations diplomatiques qu’elle a renouvelées avec le gouvernement érythréen. Si un retour de personnes migrantes devaient avoir lieu, il faudrait d’abord que les dysfonctionnements d’ordre structurel soient ouvertement discutés, puis corrigés de façon à rendre la vie de tout citoyen ordinaire sûre. Personne ne peut imaginer résider dans un pays où toute politique publique est décidée par un seul homme, puis subie par des millions de personnes. Qu’elles soient jeunes ou âgées, qu’elles soient des femmes ou des hommes, des chrétiens ou des musulmans, des conscrits, ouvriers ou des fonctionnaires, des personnes en bonne santé ou des personnes plus faibles. Tout le monde peut être affecté, mais personne ne peut contester. Ceci représente l’un des plus grands obstacles du pays. Il est dangereux de le minimiser et il est trompeur d’imaginer que les autorités érythréennes changeront de comportement sans une mise sous pression diplomatique.